l’invitation au voyage – charles baudelaire

odilon redon

odilon redon

mon enfant, ma sœur,
songe à la douceur
d’aller là-bas vivre ensemble,
aimer à loisir,
aimer et mourir
au pays qui te ressemble.
les soleils mouillés
de ces ciels brouillés
pour mon esprit ont les charmes
si mystérieux
de tes traîtres yeux,
brillant à travers leurs larmes.
là, tout n’est qu’ordre et beauté,
luxe, calme et volupté.
des meubles luisants,
polis par les ans,
décoreraient notre chambre,
les plus rares fleurs
mêlant leurs odeurs
aux vagues senteurs de l’ambre
les riches plafonds,
les miroirs profonds,
la splendeur orientale
tout y parlerait
à l’âme en secret
sa douce langue natale.
là, tout n’est qu’ordre et beauté,
luxe, calme et volupté.
vois sur ces canaux
dormir ces vaisseaux
dont l’humeur est vagabonde;
c’est pour assouvir
ton moindre désir
qu’ils viennent du bout du monde.
les soleils couchants
revêtent les champs,
les canaux, la ville entière,
d’hyacinthe et d’or;
le monde s’endort
dans une chaude lumière!
là, tout n’est qu’ordre et beauté,
luxe, calme et volupté.

ordinabile presso

Tags: ,

martedì 29 giugno, 2010 8:09:47 respirare

Leave a Reply